Vulgarisation web2.0 : Crowdsourcing ou la puissance des foules au service des entreprises

22 10 2008

« Puisque les internautes veulent créer de la valeur, donnons-leur les moyens de créer mais profitons de cette valeur ». Cela pourrait être une phrase prononcée par quelques bénéficiaires du crowdsourcing, l’utilisation de la puissance des foules au service des entreprises, bien plus lucratif que l’outsourcing actuel bien que ne couvrant pas toujours le même spectre de compétences.

Qu’il s’agisse de production d’images, de vidéos, de texte (commentaires, critiques, ..), de programmes informatique, de jeux vidéos ou plus simplement d’idées, la population du web est riche de compétences ne demandant souvent qu’à être entendues. L’homme moderne ne crée généralement pas pour le simple fait de se faire plaisir à lui-même in fine, il crée pour obtenir de la reconnaissance, pour le plaisir d’être utile à autrui, pour atteindre un objectif personnel ou professionnel, afin de réaliser quelque chose d’important à ses yeux pour une communauté ou pour l’humanité ou plus simplement pour gagner de l’argent. Dans l’écosystème actuel du web, les utilisateurs produisent en permanence toutes sortes de choses, pourquoi finalement ne pas leur offrir ce qu’ils recherchent tout en bénéficiant de l’effet levier du nombre de producteurs disponibles afin de tirer vers le haut certaines activités de l’entreprise, comment utiliser cette force phénomènale afin de réduire les coûts et démultiplier les efforts ?

Le paradigme mis en valeur par le terme de « crowdsourcing » n’est finalement pas tout récent et trouve ses origines dans la communauté scientifique et open-source. Je me souviens avoir installé au millieu des années 90 un petit logiciel téléchargé sur le site distributed.net qui permettait de faire avancer la recherche en cryptographie, il s’agissait des célèbres challenges RC5 : des serveurs centralisés émettaient vers les clients installés sur des milliers d’ordinateurs comme le mien des lots de clés de chiffrement, ces clients étaient ensuite chargés d’utiliser la puissance de calcul non utilisée des ordinateurs personnels afin d’effectuer des tâches de déchiffrement, l’objectif était d’augmenter la longueur des clés de chiffrage potentiellement cassables. Les résultats des micro-calculs effectués par les clients étaient ensuite remontées vers les serveurs centraux chargés de gérer les problématiques de corrélation et de distribution des tâches, je participais quelque part, à ma mesure, à la recherche scientifique, c’est ainsi qu’en juillet 2002 une clée RC5 de 64bits fut cassée après 1757 jours de calcul distribué ! Les challenges RC5 existent toujours, à l’heure actuelle une clée RC5 de 72bits est en cours de déchiffrage, et le concept a fait des émules comme le désormais incontournable projet Seti@home lancée en 1999 et donc l’objectif est le décodage de signaux extraterrestres. Des vers informatiques ont emprunté l’idée afin de déchiffrer de manière illégale des codes DRM par exemple, ceci à l’insu des utilisateurs.

Les exemples précédents constituent du crowdsourcing automatisé car l’utilisateur n’est pas réellement à l’origine de la création de valeur, il accepte (ou non dans le cas des vers) de partager un peu de sa puissance de calcul, mais le concept est tout de même là : produire en masse pour ne garder que le meilleur (la clée cassée) et rémunérer celui qui est sélectionné (ou celui qui a trouvé, indirectement par l’usage de son pc, la clée recherchée).

La communauté open-source qui développe gratuitement des logiciels pour l’usage du plus grand nombre fait partie de cette population de « crowdsourcés » lorsque les logiciels sont insérés comme briques constituantes d’autres logiciels qui une fois vendus rapportent de l’argent à des entreprises comme RedHat ou Ubuntu. Cette dernière propose même, par la voie de son président milliardaire philanthrope Mark Shuttleworth, des problèmes informatiques à résoudre ou des besoins logiciels à satisfaire pour le compte de la société contre rémunération à celui qui fournira la meilleure réponse.

Le phénomène a gagné la sphère du web, et ‘web 2.0’ oblige il ne cesse de croître avec le nombre toujours grandissant de prosommateurs… Jeff Howe, l’inventeur du terme, raconte dans Wired comment la banque d’images iStockPhoto permet de bénéficier de photographies en abondance au prix de 1$ l’unité, service pouvant être largement utilisé par les entreprises pour leurs besoins propres. Il n’est plus nécessaire de s’adjoindre les services d’agences spécialisées lorsque des milliers de photographes amateurs arrivent au même résultat avec des logiciels comme Photoshop ou son équivalent libre The Gimp.

Une activité spécifique jusque là restreinte au monde du logiciel open-source, reprise par le monde des affaires peut se trouver fort lucrative pour les deux parties : Howe prends l’exemple d’Ed Malcarek, un scientifique de 57 ans qui a ainsi pu gagner 25 000 dollars en fournissant au laboratoire de R&D de Colgate une nouvelle solution d’injection de poudre fluorée dans un tube de dentifrice.. Le crowdsourcing au service de l’innovation. L’exemple de Fisher Price est bien connu et pas vraiment récent : faire participer les parents à l’élaboration et aux tests des jouets qui seront vendus demain en masse. Puisque le client est à présent au centre des attentions, demandons lui son avis, il est le plus à même de décrire ce qu’il souhaite acheter demain.

Les services d’expertise comme LycosIQ et les autres sont également des utilisateurs de crowdsourcing, ils utilisent l’expertise de leurs membres afin de fournir un service au plus grand nombre tout en bénéficiant des revenus d’audience liés à la publicité.

L’idée du crowdsourcing au final est pour les entreprises de concentrer les talents sur un objectif qui leur est utile, mais que vont penser tout ceux qui ont créé ou tout simplement passé du temps pour tenter de remporter une somme d’argent ou un prix et qui ne sont jamais élus ? Ce modèle peut-il perdurer au fur et à mesure que les frustrations se feront sentir de plus en plus pressantes ? Un équilibre devra être trouvé afin que chacun continue bien à y trouver son compte.

Pour en savoir plus :

http://dreamorange.fr/?title=bientot_tous_createurs&p=Portal/document&JDocumentOid=105

http://www.dreamorange.fr/?title=crowdsourcing_la_puissance_economique_des_foules&p=Portal/document&JDocumentOid=2063&lang=fr_FR





Vulgarisation web2.0 : le web des prosommateurs

17 09 2008

 

“Information” et “Automatique” ont formés en 1967, après décision du Général De Gaulle, le mot ‘Informatique’ . Alvin Toffler, l’un des futurologues américains les plus célèbres de notre temps, inventa en 1980 le terme ‘Prosumer’, provenant de ‘producer’/’professional’ et de ‘consumer’, ce qui traduit en français à partir de ‘professionnel’/’producteur’ et ‘consommateur’ donne ‘prosommateur’. Wikipedia donne cette définition :

 

« Le plus souvent utilisé dans le domaine du commerce pour signifier que le consommateur participe à la distribution (dans la vente par internet ou au supermarché). Malgré cela, son utilisation est de plus en plus répandue et peut signifier à la fois un consommateur professionnel et un consommateur producteur »

 

Alvin Toffler et sa femme Heidi définissent ainsi le terme :

 

« Le terme a été inventé pour qualifier ceux qui créent des biens, des services ou de l’expérience, destinés à leur usage privé, et à leur satisfaction personnelle, plutôt qu’à la vente ou à l’échange. Quand nous sommes à la fois producteurs et consommateurs de notre production, nous sommes des prosommateurs »

 

Lorsque ma femme a décidé de créer de ses mains une maison de poupées pour ma fille, qu’elle a acheté des matériaux et des outils à cet effet et qu’elle a ainsi contribué à la productivité en fabriquant cette pièce unique qui ne sera ni vendue ni échangée, j’aurais pu la qualifier de prosommatrice, en prenant soin toutefois de lui expliquer la signification du terme sous peine de risquer une crise de couple majeure…

 

De la même manière, les contributeurs à Wikipédia qui effectuent du bénévolat au sein de la communauté et participent à son développement et à son économie, les développeurs de logiciels libres qui font gracieusement profiter la communauté de leurs talents, les photographes amateurs ou professionnels qui font bénéficier l’ensemble des utilisateurs de Flickr de leurs œuvres uniques ou encore l’ensemble de la communauté des bloggueurs qui fait avancer les débats et met souvent à disposition de l’information inédite sont tous des prosommateurs : ils produisent et consomment, de manière professionnelle ou non, pour le plaisir de faire partager leurs créations quelle qu’en soit la valeur ajoutée réelle ou supposée, et se nourissent du regard et des remerciements des autres membres de la communauté. Toffler indiquait dans son œuvre ‘La richesse révolutionnaire’ qu’en 2001 un rapport estimait à 50 000 milliards de dollars la production générée par la prosommation mondiale, non calculée dans les différents PIB.

 

Le web actuel permet donc à l’humanité de continuer de s’adonner à un de ses passe-temps préférés, à l’échelle du marché numérique mondial.