Vulgarisation web2.0 : le web des prosommateurs

17 09 2008

 

“Information” et “Automatique” ont formés en 1967, après décision du Général De Gaulle, le mot ‘Informatique’ . Alvin Toffler, l’un des futurologues américains les plus célèbres de notre temps, inventa en 1980 le terme ‘Prosumer’, provenant de ‘producer’/’professional’ et de ‘consumer’, ce qui traduit en français à partir de ‘professionnel’/’producteur’ et ‘consommateur’ donne ‘prosommateur’. Wikipedia donne cette définition :

 

« Le plus souvent utilisé dans le domaine du commerce pour signifier que le consommateur participe à la distribution (dans la vente par internet ou au supermarché). Malgré cela, son utilisation est de plus en plus répandue et peut signifier à la fois un consommateur professionnel et un consommateur producteur »

 

Alvin Toffler et sa femme Heidi définissent ainsi le terme :

 

« Le terme a été inventé pour qualifier ceux qui créent des biens, des services ou de l’expérience, destinés à leur usage privé, et à leur satisfaction personnelle, plutôt qu’à la vente ou à l’échange. Quand nous sommes à la fois producteurs et consommateurs de notre production, nous sommes des prosommateurs »

 

Lorsque ma femme a décidé de créer de ses mains une maison de poupées pour ma fille, qu’elle a acheté des matériaux et des outils à cet effet et qu’elle a ainsi contribué à la productivité en fabriquant cette pièce unique qui ne sera ni vendue ni échangée, j’aurais pu la qualifier de prosommatrice, en prenant soin toutefois de lui expliquer la signification du terme sous peine de risquer une crise de couple majeure…

 

De la même manière, les contributeurs à Wikipédia qui effectuent du bénévolat au sein de la communauté et participent à son développement et à son économie, les développeurs de logiciels libres qui font gracieusement profiter la communauté de leurs talents, les photographes amateurs ou professionnels qui font bénéficier l’ensemble des utilisateurs de Flickr de leurs œuvres uniques ou encore l’ensemble de la communauté des bloggueurs qui fait avancer les débats et met souvent à disposition de l’information inédite sont tous des prosommateurs : ils produisent et consomment, de manière professionnelle ou non, pour le plaisir de faire partager leurs créations quelle qu’en soit la valeur ajoutée réelle ou supposée, et se nourissent du regard et des remerciements des autres membres de la communauté. Toffler indiquait dans son œuvre ‘La richesse révolutionnaire’ qu’en 2001 un rapport estimait à 50 000 milliards de dollars la production générée par la prosommation mondiale, non calculée dans les différents PIB.

 

Le web actuel permet donc à l’humanité de continuer de s’adonner à un de ses passe-temps préférés, à l’échelle du marché numérique mondial.





Vulgarisation web2.0 : technologies et briques communes

10 07 2008

Si le paradigme web2.0 ne constitue pas une révolution technique en soi il repose cependant sur une couche technique qu’il convient d’appréhender avant de se lancer dans le grand bain.

La plupart des technologies qui sont utilisées sont bien connues et datent d’avant l’invention du terme web2.0, ce qu’il est intéressant de constater c’est l’utilisation qui en est faite, à vrai dire l’utilisation intégrée et simultanée qui en est faite.

Cette vision du web, orientée autour du l’humain, laissant entendre en sourdine que c’est bien l’utilisateur qui reprend le contrôle du réseau a quelque peu été encouragée par les ténors de l’open source, les idées cultivées par un Richard Stallmann ou un Ian Murdock sont bien proches lorsqu’ils militent pour la libéralisation des codes source, la possibilité pour tout un chacun pour peu qu’il en ai les compétences de modifier lui-même ses logiciels afin de les rendre tout à fait adapté à ses besoins et surtout l’idée que ces modifications ne peuvent être redistribuées que sous le même régime de droit : l’utilisateur reprend ses droits sur ses applications, il n’est plus simple possesseur d’une licence d’utilisation lourdement payée, il possède toutes les données pour adapter le logiciel à ses besoins si l’envie lui prend. Je tiens tout de même à préciser en guise de parenthèse pour les néophytes que le fait qu’un logiciel soit libre n’induit pas sa gratuité, rien ne vous empêche de vendre un logiciel libre tant que vous garantissez à l’utilisateur qu’il conserve les droits du logiciel d’origine.

Il est donc normal qu’une écrasante majorité de technologies utilisées par les services du web2.0 soient issues de la communauté du logiciel libre. Nous parlions précédemment des logiciels serveurs et des logiciels client, il est intéressant de noter afin d’illustrer les propos ci-dessus que le principal logiciel équipant les serveurs web de l’Internet est le logiciel Apache, digne représentant de cette communauté du libre et il est tout aussi représentatif d’indiquer que le principal navigateur web incluant toutes les évolutions du web2.0 est le logiciel libre Firefox 3.0, lointain descendant du plus célèbre des navigateurs de son époque : Netscape, assasiné sous les coups de boutoir de son rival Internet Explorer.

Un ensemble de concepts, de pratiques et d’outils caractérisent donc le web2.0 (je ne prétend pas être exhaustif) :

  • Le Blog (ou Weblog, journal web) qui est un peu la transposition numérique et surtout publique du journal intime, permettant d’adresser ses réflexions, ses émois et ses avis à la communauté.
  • Les commentaires : les contenus doivent pouvoir être commentés, débattus, directement sur la page qui le présente et non plus dans un espace de forum annexe. Tout se commente.
  • Le wiki, né bien avant l’avènement du web2.0 mais qui lui est depuis associé décrit un site internet ou un espace dédié d’un site internet où le contenu est directement éditable par les visiteurs, modéré (les modifications sont validées par un modérateur avant diffusion) ou non. Chacun contribue à l’information, le site le plus emblématique est sans conteste wikipedia, véritable encyclopédie participative en ligne.
  • La syndication (flux RSS, ATOM) est le véritable liant de l’espace web2.0 : le partage du contenu est la raison d’être du mouvement, cette utilisation de la technologie xml permets de diffuser l’information de manière extrêmement portable et légère. Il s’agit de petits fichiers organisés téléchargeables sur les serveurs web décrivant des informations : articles, photos, liens, … Ils sont destinés à être lus par des automates : des clients pc dédiés, des sites d’aggrégation (Google Reader par ex) ou d’autres sites de contenu permettant ainsi de partager l’information et d’augmenter sa visiblité.
  • Les nuages d’étiquettes (ou tags) sont au premier abord une manière de présenter l’information sous forme de mots-clés. Chaque information est accompagnée de mots-clefs la décrivant, il est donc possible de retrouver ainsi tous les contenus d’un site web étant attachés à ce mot-clef. Mais plus qu’une présentation il s’agit surtout d’une nouvelle méthode de recherche, la folksonomy, il devient en fin de compte presque inutile de classer l’information par catégories et sous-catégories car l’information est souvent multiple et le contenu pourrait appartenir à plusieurs catégories, chacun possède sa manière de ranger l’information dans des dossiers et retrouver ainsi l’information classée revient à essayer d’imaginer la manière dont l’auteur a pu vouloir organiser la sienne. Plutôt que de rechercher la catégorie on va donc à présent rechercher des mots-clefs qui pourraient être attachés à l’information recherchée.
  • Les APIs (Application Programming Interface), terme largement utilisé dans le monde du développement logiciel depuis de nombreuses années est utilisé sur le web simplement pour ce qu’elles sont : des interfaces d’accès aux données ou de récupération d’informations. Il s’agit de la possibilité d’accéder aux contenus de manière automatisée et non par navigation classique, avec des programmes externes, de votre cru ou non. Vous pourriez ainsi par exemple développer un petit logiciel qui effectue des recherches Google depuis votre PC, par exemple en cliquant sur un mot dans Word ou OpenOffice sans devoir copier/coller ce mot dans votre navigateur habituel. Word se connecterait à l’API de recherche Google en lui envoyant le mot recherché, il recevrait en échange l’ensemble des réponses correspondantes qu’il serait à même de vous afficher dans une petite boîte de dialogue..
  • Le Mashup est une application ou un site web composite construit grâce à l’appel combiné de plusieurs APIs. Si vous possédez une entreprise de logistique par exemple vous pourriez être intéressé par un site vous indiquant en permanence l’emplacement de votre flotte de véhicules. En ayant un abonnement aux APIs Orange de géolocalisation vous pourriez récupérer la position de chaque véhicule grâce au mobile de son chauffeur et faire appel à l’API Google Maps pour les positionner sur une carte à l’aide de petits pictogrammes. Les possibilités sont infinies et ne dépendent que de l’imagination des auteurs et des APIs disponibles. ex: ProgrammableWeb.
  • AJAX (Asynchronous JavaScript and XML) est né de technologies relativement mûres présentes depuis bien longtemps dans l’univers du web mais qui combinées offrent des fonctionnalités particulièrement intéressantes afin de faciliter l’interaction entre le site et l’utilisateur. Le principe est de pouvoir récupérer de l’information depuis une page web en tâche de fond sans rechargement de page. Un morceau de code présent sur le site, exécuté suite à une action de la part de l’internaute ou non est en mesure d’envoyer ou de récupérer de l’information qu’il va ensuite traiter afin de mettre à jour dynamiquement la page en cours de consultation. Peu de webmails (interfaces de consultation de mails par le web) vous obligent encore aujourd’hui à recharger votre page lorsque vous désirez lire un nouveau mail : le contenu du mail est récupéré en tâche de fond lorsque vous cliquez sur son sujet puis un espace dédié à la lecture présent sur la page est mis à jour avec cette nouvelle information, la navigation est accélérée, fluidifiée et les interfaces sont bien plus ergonomiques.
  • Les systèmes de vote permettent de donner un avis noté sur une photo, un commentaire, un article ou tout autre contenu.

Tous ces outils, concepts et pratiques sont utilisés par une multitude de sites collaboratifs axés sur le partage de l’information et la collaboration dont les objectifs sont tout aussi divers que le partage de média (photos, videos, ..), de contenu (liens, articles, avis, …), ou de relations sociales (privées, professionnelles, associatives, …).





Vulgarisation web2.0 : les fondamentaux

9 07 2008

Avant de décrire ce que peut représenter le ‘web2.0′, il convient de définir le web ‘1.0′ et donc le web tout simplement.. Puisque cette série d’articles est destinée à de la vulgarisation, commençons au départ, beaucoup de personnes ne distinguant pas la différence fondamentale existant entre l’Internet et le web pourtant évidente pour un public d’informaticiens.

Sans revenir aux origines de son histoire, dont on peut lire des articles et des rétrospectives et peut partout sur le web, il faut voir l’Internet comme un support. Souvent appelé le « réseau des réseaux » il est destiné à aggréger une multitude de réseaux d’entreprises, d’universités, d’états ou de diverses organisations, cela constitue un maillage extraordinairement complexe d’ordinateurs, de serveurs, de câbles et d’équipements réseau, visibles les uns et les autres au travers d’un plan de nommage commun offert par la technologie IP, un peu comme le réseau téléphonique qui relie des postes téléphoniques et leur permets de communiquer ensembles via un plan de nommage téléphonique (les numéros de téléphone !).

Certains serveurs offrent des services très variés, le web en est un tout comme la messagerie électronique (les mails), les groupes de discussion (newsgroups), les services de messagerie instantanée (MSN, ICQ, IRC, ..) ou encore les transferts de fichiers (FTP).
Chaque service permets de faire discuter entre eux des serveurs applicatifs (des logiciels installés sur des machines également appelées serveurs) et des clients à l’aide d’un protocole. Dans le monde réel nous pouvons faire l’analogie de la voix : lorsque qu’un professeur vous fait un cours il joue le rôle de serveur, il rend un service de fourniture de connaissance, vous, élève, jouez le rôle de client de ce service. Dans cet exemple, la voix joue le rôle de support et la langue celui de protocole : il vous aide à vous comprendre mutuellement, si vous ne comprenez que le français et que l’intervenant vous parle en finlandais, vous ne partagez pas le même protocole de communication, vous ne vous comprendrez pas.

De la même manière, sur internet, un client et un serveur (un fournisseur de service) doivent parler la même langue, le même protocole. A chaque service son client donc.

Vous lisez vos mails avec un lecteur de mails qui discute avec un serveur de messagerie via le protocole SMTP, vous récupérez des fichiers sur un serveur de téléchargements grâce à un client spécifique et tous les deux dicutent à l’aide du protocole FTP, vous naviguer sur le web, c’est à dire que vous téléchargez des pages HTML depuis un serveur sachant vous les envoyer, grâce à un navigateur web, un browser, les deux discutant ensembles à l’aide du protocole HTTP.

Lorsque Tim Berners-Lee inventa le web il imagina un protocole de communication, HTTP (HyperText Transfert Protocol), et un protocole de description de contenu (les pages web) nommé HTML (HyperText Markup Language). Un paradigme fondamental sous-tend le web, composante primaire des termes HTTP et HTML : le lien hypertexte, l’idée qu’un morceau de texte rendu cliquable permets d’accéder à une autre ressource web (page web, image, adresse email, …).

Le web s’est donc répandu sur cette idée simple : des clients, les navigateurs web (internet explorer, opera, netscape, mozilla, puis firefox) permettent d’accéder à du contenu statique (qui n’évolue pas, ou peu) faisant référence à d’autres contenus (pages, images, ..). Nous sommes donc bien ici dans un mode client-serveur basique : l’utilisateur est simple consommateur d’information, et l’information ne réagit pas en fonction du contexte (utilisateur différent, heure, jour, etc..).

Le contenu a finalement commencé à s’adapter au contexte avec l’utilisation massive de bases de données et de languages de programmation évolués : les pages HTML renvoyées par les serveurs sont toujours ’statiques’ mais elles sont générées et non plus seulement entreposées sur des disques dur : des programmes intéragissent avec des bases de données, génèrent du contenu HTML d’après les informations contextuelles (vous n’avez pas le même nom d’utilisateur que votre voisin) qui y sont entreposées et régulièrement mises à jour. Les sites ont commencé à vous reconnaître, à vous proposer des fonctionnalités de personnalisation. Mais l’utilisateur reste un consommateur de contenu même si le contenu devient plus riche et personnalisé.

Sur cette base, de nouveaux sites ont commencé à apparaître vous permettant d’agir sur le contenu qu’elles affichent : vous pouvez déposer des messages sur des forums, lire vos mails depuis un site web agissant comme une interface de navigation : le client mail n’est plus sur votre ordinateur mais centralisé sur le serveur distant auquel vous accédez avec votre navigateur, vous ne voyez pas ce client mail, simplement une interface symbolisée par des pages HTML.

Mais il n’y a pas que le contenu des pages HTML qui s’est dynamisé, il y a aussi la partie présentation avec l’utilisation par exemple du langage JavaScript : chacune de vos actions ne nécessite plus nécessairement l’appel au serveur pour récupérer une nouvelle page par navigation de liens en liens, certaines de vos actions déclenchent des scripts directement interprétés par votre navigateur : vérification de données que vous avez saisies ou dynamisation graphique de la page par exemple.

Technologiquement parlant il est difficile de parler de web2.0, les nouveaux sites dits ‘web2.0′ n’ont rien de révolutions technologiques même s’ils sont bien souvent très esthétiques et ergonomiques grâce à l’utilisation de technologies comme Flash ou AJAX (particularité du JavaScript permettant de charger des informations en fond de tâche vous donnant l’impression d’intéragir avec la page en cours sans rechargement de nouvelle page).

La vraie révolution du web2.0 est sociologique et repose sur un concept simple qui n’a pas réellement été provoqué mais est plutôt apparu naturellement, faisant suite à la dynamisation des pages, à l’utilisation des bases de données et des évolutions technologiques facilitant l’interaction, et surtout à la multiplication du nombre des abonnées à l’Internet : l’utilisateur n’est plus un simple consommateur, il devient producteur de l’information, du contenu.

Il s’agit essentiellement d’une révolution des usages : nous n’utilisons plus uniquemment le web pour rechercher de l’information, en tant qu’utilisateur il est appréciable de pouvoir donner son avis sur telle ou telle information, de commenter le contenu existant, de le partager, de le faire connaître de ses amis, de pouvoir garder contact avec ses relations personnelles ou professionnelles, d’échanger avec eux de multiples manières.

Si l’Internet est un réseau technique alors le web dans sa ‘version’ 2.0 est un réseau social mondial où l’information s’échange, se vend, s’achète, se partage et se commente. Les utilisateurs reprennent peu à peu le pouvoir et deviennent les acteurs du futur réseau mondial, le façonnant petit à petit à leur image.