Le graphique ci-dessous (voir ici pour une version lisible), créé d’après une matrice Excel, un script Perl et l’outil GraphViz, représente les principaux flux d’informations au sein de mon réseau de services web, n’y sont représentés que les services que j’utilise le plus souvent, au moins une fois par semaine, on y distingue en turquoise les nœuds que je mets moi-même à jour soit directement (ex : flickr) soit indirectement par mon utilisation du service (ex : last.fm), sous forme d’octogones les nœuds recevant plus de 5 flux (aggrégateurs, concentrateurs) et en contour gras les nœuds n’émettant pas de données (récepteurs), un nœud spécifique nommé ‘RSS feeds’ représente à lui seul l’ensemble des flux d’informations externes que je lis quotidiennement :

Figure Les flux d’information de mon réseau de services web
Ce paquet de nouilles n’est pas exhaustif mais permet déjà de se rendre compte de l’éparpillement et du nombre de services que j’utilise presque au quotidien en étant certes un utilisateur avancé mais non compulsif et peu prolifique. Je suis symbolisé par le nœud le plus haut et les deux nœuds les plus bas représentent d’une part le public, la communauté, l’ensemble des internautes potentiellement intéressés par mes informations et mes données et d’autre part mes amis, ma communauté privée qui revêt en fait un caractère multiple selon les services.
Je possède un compte utilisateur par service, généralement un avatar, j’ai ajouté un certain nombre d’informations personnelles, de liens et de références sur chacun de ces sites, j’ai téléchargé des photos, mis à jour des textes, posté des vidéos et des commentaires, déposé mes avis et envoyé des dizaines de messages, créé presque autant de réseaux sociaux dédiés que de nœuds présents sur ce graphe. Je suis pourtant dans l’incapacité presque totale de lister mes contributions, mes données et mes médias, je n’ai quasiment aucun contrôle sur mes données, leur référencement ni sur l’utilisation qui est en faite.
Si un service venait à fermer, disons Facebook, je perdrais tous les contacts que j’ai accumulés au cours du temps, toutes les informations que j’ai échangées avec ce réseau d’amis, je perdrais peut-être même de vue certaines personnes avec lesquelles je ne possède qu’un lien très mince, mais qui m’importe, au travers de ce réseau. Si je change d’avis à propos d’une opinion quelconque, ce qui m’arrive sans arrêt, par exemple concernant un article déposé sur mon blog que je ne souhaiterais plus voir lu, je pourrais certes le supprimer de mon blog mais il aura entre temps été dupliqué, échangé, diffusé, référencé et archivé à de multiples endroits sans que j’en sois informé et sans que je n’ai aucun contrôle (ou presque) sur sa longévité.
J’ai redécouvert aujourd’hui, en écrivant, le service Twine permettant d’indexer sémantiquement et de partager tout type d’information du web, j’ai réactivé mon compte et commencé à manipuler un peu le service, mais ce que je souhaiterais à présent c’est partager ces informations, échanger avec mon réseau, avec mes amis, mes contacts, mes collègues, il faut alors que j’envoie une palanquée d’invitations, soit en me souvenant de leur adresse mail, soit en me loguant depuis Twine sur mes quatre ou cinq comptes mail, bref il me faut reconstruire un nouveau réseau social sur Twine au risque d’ennuyer ces amis à qui j’envoie régulièrement ce genre d’invitations, entrer à nouveau mes informations personnelles après m’être créé un compte supplémentaire, charger un nouvel avatar et recommencer à approvisionner mon espace utilisateur avec des données que j’aurais parfois sans doute déjà sauvegardées sur del.icio.us ou Google Reader…
Lorsque j’étais adolescent j’avais écrit un certain nombre d’articles, de poêmes, j’avais rédigé des commentaires, diffusé des photos de moi en soirée ou exprimé des opinions avec lesquelles je suis à présent en désaccord et cet ensemble d’informations pourrait très bien s’avérer néfaste si je recherche un nouveau poste et que mon employeur commence à fouiller dans les archives du web, et pourtant à l’époque le web ne ressemblait pas à ce qu’il est aujourd’hui avec la profusion de services et l’exposition de soi que l’on constate actuellement. En me mettant à la place d’un adolescent d’aujourd’hui, qui cultive son réseau sur Myspace, qui écrit sa rebellion au système, diffame ses professeurs ou diffuse des photos et des vidéos de lui-même, j’imagine l’inconfort qui pourra être le sien dans quelques années lorsqu’il recherchera du travail et que tous les employeurs auront pris l’habitude de fouiller un peu sur Google… Mais même sa vie privée digitale pourra s’en trouvée compliquée, peut-être n’a-t’il pas envie que ses anciens amis de Myspace le retrouvent sur Facebook, autre époque autres amis…
Le concept de portabilité des données et les efforts autour du web sémantique essaient de trouver des solutions à toutes ces problématiques, en tentant de décentraliser le réseau social, le rendant indépendant du service mais gérable depuis n’importe lequel d’entre eux, en essayant de rendre les données échangeables et manipulables de n’importe quel endroit du réseau, en proposant une gestion centralisée de l’identité et des données tout en décentralisant le contenu et les médias eux-mêmes. Bref en oeuvrant pour rendre à l’utilisateur le contrôle total de ses données et de son identité.